Au début étaient les Romains...

C'est du moins ce que nous soupçonnons. Il y avait une voie antique à proximité et très probablement une "villa" romaine, c'est-à-dire un domaine agricole sur les lieux; pour l’implantation romaine de Montméard (à 4 km à vol d'oiseau) c’est l’endroit le plus proche pour construire un moulin; et, bien sûr, le magnifique site romain de Jublains n'est pas très loin. Ajoutons à cela que, dans la partie la plus ancienne des ouvrages de notre moulin, de gros blocs de granite taillé, ajustés à sec, ressemblent beaucoup à ceux que l'on voit à Jublains et que les ardoises exploitées dans les carrières toutes proches (Roux-François) ont, elles aussi, été utilisées à Jublains. La dérivation pour le bief commence pratiquement aux ardoisières et il y a fort à parier que les ardoises de Jublains ont été façonnées à Classé, car il suffisait de leur faire descendre la Vaudelle jusqu'au moulin, à moins de deux kilomètres en aval. Toutes les techniques nécessaires avaient été décrites par l’ingénieur romain Vitruve dans «Au sujet de l’Architecture» (un ouvrage antérieur à l’an 15 avant notre ère).
Dés lors, il n'y a plus qu'à fermer les yeux et à imaginer les Romains s'affairant dans la cour !

Jublains, ca 300

Ardoisières, Roux-François, ca 1900
Plus de huit siècles d'histoire dans les archives...

Le moulin est mentionné dans le cartulaire de Saint-Evroul vers 1200 et peut-être façonnait-il toujours des ardoises, même si les moulins des alentours étaient utilisés pour d’autres tâches (moulins à tan, moulins à foulon).
Entre le XIIème et le XVIème siècle, on défriche aux alentours, la population augmente et des paroisses sont créées : St Thomas (de Courceriers), St Martin (de Connée), St Pierre (sur Orthe), St Mars (du Désert), St Aubin (du Désert) et... St Germain (de Coulamer). Les fours, moulins et étangs doivent assurer des revenus aux seigneurs. Au XVème siècle, s'érige notre voisin, le Manoir de Classé et le moulin restera aux mains de familles nobles jusqu'au début du XXème. Si, en 1865, le registre des patentes le décrit comme "l'un des meilleurs moulins de la contrée", il dut ensuite être délaissé par ses propriétaires, car en 1920, l'état des lieux conclut que "le tout est de construction rudimentaire, très usagé et de manœuvre et de réglage difficile". C'est à cette date que la "terre de Classé" (manoir, moulin et fermes des alentours) est vendue aux enchères... et passe aux mains des roturiers !

Cadastre, Classé, 1848

Moulin et Manoir, ca 1900
Viennent alors les meuniers à leur compte...

Il s'agit des familles Lemaire et Ledru. De nombreuses
anecdotes émaillent cette période. À cette époque, on est
meunier de père en fils et à Charles-François Lemaire succède
Jules Lemaire; mais celui-ci ne confiera pas sa succession à son
propre fils en 1933, mais à Alfred Ledru, originaire d'une famille
de meuniers de la Sarthe. Après plusieurs baux de location,
Alfred Ledru se portera acquéreur du moulin en 1956. Ce sont
ses filles qui, plus tard, nous le vendront. Anecdotes aussi sur
la période de la guerre où le moulin dut continuer ses activités.
Elles sont trop nombreuses pour être contées ici, mais sachez
seulement qu'un des postes de commande pour la Résistance
dans l'Ouest de la France était implanté non loin d'ici à St Mars
du Désert. C'est en 1964 que le moulin cessera d'écraser des
farines panifiables, tout en continuant à moudre des céréales
pour l'alimentation des animaux jusqu'en 1974. Avec la mort
du dernier meunier, une page se tourne, et le moulin attend une nouvelle vie....

Le Moulin, ca 1900


Le Moulin, ca 1900

Et pourquoi pas une turbine ?

Nous avons acquis le Moulin de Classé en novembre 1990, et, dès le début, l'idée était de le faire revivre en tant que moulin. Il avait été fermé pendant seize ans et, à notre arrivée, l'ancienne roue était détruite et il nous a fallu en dégager les morceaux qui obstruaient le bief, des monceaux de métal et de bois qui, même une fois sec, n’a jamais pu brûler.
Je dois avouer que je n'avais pas entière confiance dans ce projet, et j'ai limité l'enthousiasme de mon mari à l'achat d'une turbine d'occasion que nous avons trouvée dans le Lot. Le reste du matériel a été découvert dans un moulin de la Sarthe et un très bel alternateur (malheureusement peu fiable) nous est venu de l’armée française... Voyages épiques (tout cela est bien lourd !), montage compliqué, et surtout, difficultés de réglage... mais la faisabilité du projet était démontrée. Quelques années plus tard, la vieille turbine Fontaine a été remplacée par une turbine Kaplan, avec une hélice à pas variable, dénichée en Angleterre (là encore, c'est une autre histoire...), un dégrilleur conçu maison a été installé pour nettoyer les feuilles mortes et débris (avant, c'était fait à la main et au balai !) et bientôt, un nouvel alternateur viendra compléter l'installation (mais on ne les fabrique plus qu'en Chine, ce qui ne nous facilite pas la tâche !). Cet hiver (2008), il ne reste plus à la Vaudelle qu'à nous apporter son eau, et le chauffage du moulin sera assuré. Victoire !